Nettoyer une plage...

marée après marée

Écrit par Julie Vigneault

Fondatrice de Operation Rich Coast 

 

Communauté | Pollution plastique

Temps de lecture: Environ 6 minutes

Texte par Julie Vigneault

Photos par Julie Vigneault et Guillaume Shea-Blais

Mise en ligne le 8 juin 2020

Dans le cadre de la semaine des océans, l’Organisation Bleue vous partage des récits de nos collaborateurs, pour faire découvrir leurs histoires à la fois inspirantes et instructives. Immergez-vous dans notre thématique de la pollution plastique. 

 

#SemainedesOceansQc

 

Pour se rapprocher de la nature, mais surtout pour faire sa part dans la sauvegarde des eaux cristallines du Costa Rica, Julie Vigneault raconte comment son projet personnel est devenu celui de toute une collectivité et bien plus. Voici le récit d’une Québécoise au Costa Rica qui nettoie les plages du pays le plus durable au monde.

Point de départ: faire le saut

Originaire de Montréal et Fille d’un fidèle « Snowbird », je suis allée il y a 5 ans, visiter mon père au Costa Rica. Il y a construit une auberge de ses mains de menuisier, son petit bout de paradis, et il y séjourne depuis maintenant 30 ans durant l’hiver québécois. Curieuse de voir l’évolution du projet sans fin de mon paternel, j’ai passé un mois à ses côtés et à découvrir plus intimement son univers. 

Ce séjour a changé ma vie. 

Quelques semaines suivant mon retour au Québec, j’ai pris la décision d’y emménager à temps plein et de m’engager dans la gestion de la compagnie. Je suis maintenant ce qu’on appelle une expatriée ou « expat » pour les intimes. J’ai quitté mon pays certes, mais bien loin de laisser ma fierté québécoise! J’ai cependant dû prendre mon courage, faire le saut et laisser mon métier en cinéma, mes amis et ma famille. Ma motivation était simple, c’était pour essayer quelque chose de nouveau, mais surtout pour tenter de me rapprocher de cette quête qui m’habitait: de vivre plus près de la nature et en harmonie avec celle-ci. Campé entre l'océan Pacifique et la jungle, le parc national Manuel Antonio m’offre exactement l’équilibre et cette proximité que je recherchais sans cesse en passant mes week-ends à l’aventure en région. Et ce, près de mon père.

J’ai troqué ma planche a neige pour une planche de surf, et ma tuque et foulard pour un masque et tuba! 

Mais se rapprocher de la nature de nos jours, c’est aussi devenir témoin d’un grand bouleversement. Ayant déjà un intérêt marqué pour l’environnement, j’ai rapidement réalisé que tout n’était pas « vert » autour de moi. Même si le Costa Rica est reconnu à l’échelle mondiale pour être un pionnier dans le domaine de la viabilité environnementale, le secteur du tourisme ayant grandement contribué à l’évolution de cette démarche, il y a encore beaucoup de lacunes au niveau de la gestion des déchets et des eaux usées. 

 

Mon village, très convoité par le tourisme pour sa riche et abondante biodiversité, sa jungle luxuriante et ses plages dorées,  semble de prime abord un endroit propre et où l’on se soucie particulièrement de l’environnement. C’est en sortant des sentiers battus qu’on s’aperçoit vite que les infrastructures ont été précipitamment bâties sur des bases désuètes, comme c’est le cas de la majorité des zones balnéaires à travers le monde d’ailleurs. L’afflux de visiteurs croît plus rapidement que la capacité à gérer les répercussions environnementales, et les retombées économiques engendrées par le tourisme semblent passer en priorité.

Nettoyer une plage, un travail perpétuel

C’est en prenant mon café au bord de la mer que j’ai décidé de prendre des mesures face à  l’accumulation de déchets que je pouvais percevoir sur la presqu'île de Cocal devant moi. Cette presqu’île se situe en marge du secteur touristique; on le décrit comme l’arrière-scène touristique. Ces habitants sont pour plusieurs très pauvres et l’environnement n’est pas celui des plus nantis au pays. Un grand écart avec la réalité des lieux touristiques. J’ai alors créé un évènement Facebook pour le samedi suivant et essayé de rallier des gens pour venir m’aider à nettoyer cet endroit magnifique, mais contaminé et envahi sous le plastique. Samedi est venu, et nous étions... trois. D’abord déçue par le peu de réponses, c’est en conversant avec mes nouveaux alliés, partageant le même sentiment, que j’ai décidé d’en organiser un autre, et de persévérer. Tranquillement, la communauté s’est ralliée, puis a grandi. Nous avons répété l’expérience bimensuellement, de plus en plus de nouveaux visages se sont joints à nous, jusqu’au jour où l’idée nous est venue de coordonner une activité de nettoyage à l’échelle nationale.  

En quelques semaines, nous avons rassemblé plus de 25 ambassadeurs dans 25 localisations dispersées à travers le pays, du Nord au sud du Costa Rica! C’est ainsi que sont nées l’organisation Operation Rich Coast (ORC) et la Journée nationale de nettoyage du Costa Rica. En 2019, ce sont plus de 53 lieux qui ont été nettoyés simultanément, et plus 1300 bénévoles! Gagnant en popularité sur les médias sociaux, Operation Rich Coast est maintenant une plateforme web où l’on peut retrouver une information centralisée et un horaire hebdomadaire bien rempli affichant les multiples initiatives et activités de nettoyages organisées à travers le pays.

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Mais, comment mettre fin au nettoyage sans fin ?

Je dois admettre que de participer à des dizaines de nettoyages peut devenir aussi gratifiant que démotivant… et décourageant par moment. La tâche est à refaire constamment vu le flot continu de débris, à recommencer marée après marée.

On réalise de plus que la majorité des items plastiques repêchés sont non recyclables en raison de la dégradation reliée à l’exposition au soleil et à l’eau salée. En effet, le plastique soumis aux rayons du soleil, à l’action des vagues, et au sel se désagrège et perd ses propriétés recyclables.

On prend conscience également que les items principalement collectés pourraient avoir été facilement évités par de petits changements quotidiens. Les bouteilles de plastique à usage unique, les pailles et les emballages par exemple, sont facilement évitables quand on se munit d’objet réutilisable. Parfois si simple et évident, qu’on aurait envie d’aller le crier sur les toits! Sans oublier que les débris qui aboutissent sur la plage sont ceux qui possèdent une quelconque flottabilité comme les bouteilles de plastique, les pailles, les briquets, les emballages de styromousse, les brosses à dents, les cigarettes, etc. Il y a donc beaucoup de pollution cachée sous l’eau comme tout ce qui est fabriqué de métal, d’aluminium, les sacs de plastique, l’équipement de pêche commerciale, les pneus usés, les bouteilles de vitre, qui se ramassent tous dans les fonds marins. C’est pourquoi l’action environnementale sous-marine est aussi importante que les nettoyages en milieu côtiers! 

Les scientifiques prévoient qu’au rythme actuel, si rien ne change, les océans contiendront plus de plastique que de poissons en poids d'ici 2050. Si les nettoyages de plages sont de belles activités nécessaires et enrichissantes, elles sont aussi en réalité la fin d’un cycle que l’on aurait pu éviter; la contamination de l’environnement, ainsi que la perte d’une valeur possiblement recyclable.

« Ces matières omniprésentes sur les littoraux du monde entier portent un grand message nous rappelant

que rien ne disparaît. »

La pollution marine étant nourrie par les cours d’eau qui traversent les villes et dans lesquels se retrouve une quantité incroyable de déchets n’est pas à prendre à la légère. On se rend compte que le problème ne vient pas uniquement des zones côtières. Le problème émerge même en amont, les déchets parcourants des distances incroyables au sein même de rivières à l’intérieur des terres.

L'importance de travailler en amont

Le recyclage c’est bien, mais ce n’est pas assez. Seulement 10% de ce qui est mis au bac de récupération est réellement recyclé, et ce globalement. Il ne faut pas croire que parce qu’on dépose notre déchet dans la corbeille ou à la récupération qu’il termine vraiment au bon endroit. La solution réside dans la réduction à la source, de la consommation globale, tant industrielle qu’individuelle.  

Qu’est-ce qu’UNE bouteille de plastique va changer? 

Multipliée par 7,7 milliards d’humains, elle est là la différence. Elle réside dans le choix de chaque individu. C’est pourquoi il faut grandement travailler en amont par l’éducation, puisque c’est réellement là où le changement se produit. La plus importante retombée qui en ressort, selon moi, réside dans cette prise de conscience. Durant un nettoyage, il est difficile d’éviter l’introspection. Ramasser du plastique sur les berges, c’est aussi reconnaître son utilisation dans notre quotidien. L’instinct d’aussitôt vouloir changer nos habitudes de vie face au problème est chose commune chez les participants. 

C’est en enseignant, en inspirant et en agissant qu’il y a possibilité de bâtir une société consciencieuse et respectueuse de son environnement et de son prochain. On calcule que la population mondiale augmente d’environ 83 millions d’humains par an. À cette vitesse, notre indifférence et notre inaction face aux enjeux environnementaux mettent en danger notre propre espèce, ainsi que tout ce qui nous entoure. Il n’y a pas d’autre planète verte et bleue aussi accueillante que celle sur laquelle on se promène dans l’univers. Il n’y a pas de leçons plus grandes à apprendre durant notre passage sur Terre que celle d’arriver à vivre en harmonie avec son voisin et cette nature qui nous soutient. La force réside réellement dans l’union. 

C’est pourquoi il faut savoir influencer par nos actions et par nos messages. Chacun d’entre nous peut faire une multitude de petits gestes. S’engager auprès de notre collectivité, participer aux efforts communautaires et voter pour des gouvernements qui proposent de vrais changements de fond face aux changements climatiques, tout ça est d’une absolue nécessité. C’est dans l’action que nous parvenons à faire une différence. Mon expérience au Costa Rica en est un exemple. Devenir la goutte d’eau qui collectivement créera la vague de changement.

 

Pour moi, ce fut d’emménager dans la jungle avec mon père et me reconnecter avec ce qu’y faisait du sens pour mon futur.

Prendre le contrôle. Faire ses choix.

Créer son propre raz-de-marée.

Julie Vigneault

Leader de communauté, surfeuse

Julie est un exemple inspirant d’un parcours non conventionnel et  incarne une génération nomade qu’elle représente avec brio. Instigatrice et fondatrice de Operation Rich Coast au Costa Rica, Julie est une leader positive et inspirante pour sa communauté. Les nettoyages de plage sont au coeur de sa démarche.

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Julie Vigneault

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