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L'Île Bonaventure
et la mer

En collaboration avec le Biodôme de Montréal

Éditorial en collaboration avec le Biodôme de Montréal

Mis en ligne le 11 août 2021

Texte et photos par Daniel Sauvageau, Biodôme de Montréal

En collaboration avec le Biodôme de Montréal, voici un article qui vous fera découvrir un écosystème bien de chez nous: l’Île Bonaventure. Véritable joyau du Québec au large de Percé, elle recèle de richesse faunique incomparable. Découvrez ce territoire d’accueil de plusieurs oiseaux marins à travers ce récit de Daniel Sauvageau, éducateur et concepteur scientifique pour Espace pour la vie. Si l’Île Bonaventure est pour plusieurs trop loin pour la visiter, le Biodôme est maintenant ouvert pour vous faire découvrir l’écosystème du golfe du Saint-Laurent, ses parois rocheuses, son air salin et sa grande collection d’oiseaux, en plein coeur de la métropole. 

 

Bonne lecture!

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L'Île Bonaventure et la mer

Le 15 mai 1982, j’arrivais dans le village de Percé. Les années qui suivirent allèrent définir l’intense passion que j’ai pour la mer. Je propose de partager avec vous la façon dont j’ai vécu ces années sur l’île Bonaventure, une expérience qui a profondément imprégné ma chair et mon esprit semant la flamme qui continue à faire battre mon cœur.

«

Prolongement des Appalaches dans les eaux du golfe, l’île Bonaventure et le rocher Percé,

cette majestueuse cité rocheuse.

»


 

– Inconnu

Vents et embruns

Pour moi, la mer c’est le vent, le froid qui fouette les sens et les embruns qui couvrent le visage de fines gouttelettes d’eau de mer au goût de varech et d’iode. Ce sont les hautes parois rocheuses d’où l’on peut contempler l’infini vertigineux où flottent les goélands grisés de hautes voltiges. Voilà la mer que j’aime et qui m’habite, la puissance des éléments qui me font rêver d’aventures et de trésors, les trésors de la mer. 

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Embrun


nom masculin

(provençal embrum, de embrumá, bruiner)


Pluie fine formée de gouttelettes d'eau de mer projetées dans l'air à partir d'une surface agitée (surtout pluriel).

Fantômes et peuple ailé de l’île Bonaventure 

L’un de ces trésors est un prince, le grand prince blanc de l’Atlantique Nord que l’on retrouve par milliers au-dessus des falaises de l’île Bonaventure. Une île ancrée au bout de la péninsule gaspésienne, habitée par les fantômes d’un passé pas si lointain. Ancien village de pêcheurs, puis paisible lieu de villégiature, il n’en reste que quelques habitations délaissées, d’anciens jardins survivants et des voies de circulation d’autrefois. À nous de suivre leurs traces, de nous créer un monde peuplé d’invraisemblances. J’ai eu la chance de parcourir de nuit les sentiers de l’île, seul au sein de sa forêt spectrale. Difficile de se débarrasser de ses fantasmes et de ses peurs dans ce grand vide silencieux, sans habitants et loin du monde. En fait, cette île est l’univers des fous de Bassan et du peuple des guillemots marmettes, des petits pingouins et des mouettes tridactyles

La colonie

 

Avec sa colonie d’oiseaux marins, rassemblant plus de 200 000 oiseaux nicheurs de 11 espèces différentes, le parc est le plus important refuge d’oiseaux migrateurs en Amérique du Nord.

 

Sur l’Île Bonaventure en période estivale, on peut admirer de très près ces magnifiques oiseaux marins, venus ici pour se reproduire. Sa colonie de fous de Bassan (116 000) est la plus accessible au monde.

 

Un incontournable joyau faunique!

Fous de Bassan et vent du large

Pendant six ans, j’ai eu le privilège de partager la vie de ces oiseaux marins. J’ai vu les adultes installer leur nid, pondre leur œuf unique, puis incuber, couver et nourrir les oisillons à tour de rôle. Les fous de Bassan sont d’excellents voiliers en mer. Ils savent utiliser la force du vent avec une efficacité hors du commun. Ils peuvent parcourir des centaines de kilomètres s’il le faut pour trouver les bancs de poissons nécessaires pour nourrir leur petite boule de duvet, leur petit resté au nid.

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À travers les sapins rabougris

Les fous savent se laisser désirer. Une marche de deux kilomètres à travers les sapins rabougris nous en sépare. Mais l'île révèle ses plus beaux secrets à ceux qui savent se perdre et choisir les petits sentiers sinueux. Résultat : des falaises bordées d’épilobes en fleurs, loin du vacarme de la colonie de fous de Bassan. Nous voilà bercé par les plaintes des mouettes tridactyles qui nichent par milliers en contrebas dans les parois abruptes, le « rah-rah rah » d’un fou en route vers son nid et parfois par le souffle d’une baleine invisible qui longe la falaise vertigineuse.

 

Des essaims de petits oiseaux de mer

À la blancheur du prince de ces lieux, les hordes de guillemots marmettes et de petits pingouins opposent le gris ardoise et le noir de jais. Cette multitude niche en groupes compacts dans les fissures de la falaise. Des nuées de ces petits oiseaux de mer viennent frôler les bateaux qui nous amènent voir la spectaculaire fête de la vie dans toute son abondance.

Voilà le secret, l’abondance.

Une abondance estivale de plancton et de poissons qui permet de nourrir une multitude, un lieu de choix pour assurer la relève, le spectacle de la vie.

In memoriam : Gilbert Bourget 1949-2019, naturaliste à l’île Bonaventure de 1984 à 2017.

Daniel Sauvageau
Éducateur-concepteur scientifique au Biodôme de Montréal

Daniel Sauvageau est éducateur-concepteur scientifique

au Biodôme de Montréal, depuis 28 ans.

Biologiste de formation, il a été naturaliste-interprète à l'Île Bonaventure pendant 6 ans, ce qui a façonné son amour pour ce lieu idyllique

au beau milieu du golfe du Saint-Laurent.

Cette île qu'il considère comme un des joyaux marins d'ici.