Nettoyer une plage, encore et encore

Par Julie Vigneault

Fondatrice de Operation Rich Coast

 

Environnement | Communauté | Plastique

Temps de lecture: Environ 4 minutes

Texte par Julie Vigneault

Photos par Julie Vigneault et Guillaume Shea-Blais

Mise en ligne 23 Mai 2019

Lutter le plastique grâce à la communauté

 

Pour se rapprocher de la nature et, surtout, pour faire sa part dans la sauvegarde des eaux cristallines du Costa Rica, Julie Vigneault raconte comment son projet personnel est devenu celui de toute une collectivité et bien plus.

Nettoyer une plage, encore et encore

Originaire de Montréal et fille d’un fidèle « Snowbird », je suis allée il y a 3 ans, visiter mon père au Costa Rica. Il y a construit une auberge, son petit bout de paradis, et il y séjourne depuis maintenant 30 ans durant l’hiver québécois. Curieuse de voir l’évolution du projet sans fin de mon père, j’ai passé un mois à ses côtés et dans son univers. Ce séjour a changé ma vie. Quelques semaines suivant mon retour au Québec, j’ai pris la décision d’y emménager à temps plein et de m’engager dans la gestion de la compagnie. Je suis maintenant ce qu’on appelle une expatriée ou « expat » pour les intimes. J’ai quitté mon pays, mon métier en cinéma, mes amis et ma famille pour essayer quelque chose de nouveau, pour tenter de me rapprocher de cette quête qui m’habitait de vivre plus près de la nature et en harmonie avec celle-ci. Campé entre l'océan Pacifique et la jungle, le parc national Manuel Antonio m’offre exactement l’équilibre et cette proximité que je recherchais sans cesse en passant mes week-ends à l’aventure en région. 

J’ai troqué ma planche a neige pour une planche de surf, et ma tuque et foulard pour un masque et tuba ! 

Mais se rapprocher de la nature de nos jours, c’est aussi devenir témoin d’un grand bouleversement. Ayant déjà un intérêt marqué pour l’environnement, j’ai rapidement réalisé que tout n’était pas « vert » autour de moi. Même si le Costa Rica est reconnu à l’échelle mondiale pour être un pionnier dans le domaine de la viabilité environnementale, le secteur du tourisme ayant grandement contribué à l’évolution de cette démarche, il y a encore beaucoup de lacunes au niveau de la gestion des déchets et des eaux usées. 

 

Chacun d'entre nous peut faire une différence.
Ensemble, nous faisons le changement.

― Barbara Mikulski 

Mon village, très convoité par le tourisme pour son abondance en termes de biodiversité, semble à prime abord un endroit propre et où l’on se soucie de l’environnement. C’est en sortant des sentiers battus qu’on s’aperçoit vite que les infrastructures ont été précipitamment bâties sur des bases désuètes, comme c’est le cas de la majorité des zones balnéaires à travers le monde. L’afflux de visiteurs croît plus rapidement que la capacité à gérer les répercussions environnementales et les retombées économiques engendrées par le tourisme semblent passer en priorité.

Nettoyer une plage, puis deux et trois, et dix et plus encore

C’est en prenant mon café au bord de la mer que j’ai décidé de prendre des mesures face à  l’accumulation de déchets que je pouvais percevoir sur la presqu'île de Cocal devant moi. J’ai alors créé un événement Facebook pour le samedi suivant et essayé de rallier des gens pour venir m’aider à nettoyer cet endroit magnifique. Samedi est venu, et nous étions... trois. D’abord déçue par le peu de réponse, c’est en conversant avec mes nouveaux alliés, partageant le même sentiment, que j’ai décidé d’en organiser un autre. Nous avons répété l’expérience bi-mensuellement jusqu’au jour où l’idée nous est venue de lancer une activité de nettoyage à l’échelle nationale.  

En quelques semaines, nous avons rassemblé plus de 25 ambassadeurs et l’organisation Operation Rich Coast (ORC) ainsi que la Journée nationale de nettoyage du Costa Rica sont nées. Cette année, en 2019, c’est plus de 45 lieux qui ont été nettoyés simultanément le lendemain du Jour de l’an. Gagnant en popularité sur les médias sociaux, ORC est maintenant, entre autres, une plateforme web où l’on peut retrouver un horaire hebdomadaire bien rempli affichant les multiples initiatives et activités organisées à travers le pays et d’avantage.

Mais, comment mettre fin au nettoyage sans fin ?

Je dois admettre que de participer à des dizaines de nettoyages peut devenir aussi gratifiant que démotivant, décourageant par moment. La tâche est à refaire constamment vu le flot continu de débris.

On réalise que la majorité des items repêchés sont non-recyclables en raison de l’exposition au soleil et à l’eau salée. On prend conscience également que les items qui se répètent pourraient avoir été facilement évités par de petits changements quotidiens si simples qu’on a envie d’aller le crier sur tous les toits! Sans oublier que les débris qui terminent sur la plage sont ceux qui possèdent une quelconque flottabilité comme les bouteilles de plastique, les pailles, les briquets, les emballages de styromousse (polystyrène), les brosses à dents, les cigarettes, etc. Il y a donc beaucoup de pollution cachée sous l’eau comme tout ce qui est fabriqué de métal, d’aluminium, de sacs de plastique, d’équipements de pêche commerciale, de pneus usés, de bouteilles de vitre et qui se ramasse dans les fonds marins. C’est pourquoi l’on voit apparaître de plus en plus d'événements du type « Dive for Debris » qui exige un équipement et une certification de plongée sous-marine afin d’aller repêcher ces items le long des côtes. J’ai d’ailleurs la chance d’avoir un super centre de plongée dans la région qui organise ces événements mensuellement pour un faible coût.  

Si les nettoyages de plages sont de belles activités nécessaires et enrichissantes, elles sont aussi en réalité la fin d’un cycle alors que l’on aurait pu éviter la contamination ainsi que la perte d’une valeur possiblement recyclable. Elles portent un grand message nous rappelant que rien ne disparaît, la plupart de la pollution marine étant nourrit par les cours d’eau qui traversent les villes et dans lesquels se retrouvent une quantité incroyable de déchets. On se rend compte que le problème ne vient pas nécessairement des zones côtières.

La plus importante retombée qui en ressort, selon moi, réside dans cette prise de conscience que l’on a durant l’activité et l’instinct d’aussitôt vouloir changer nos habitudes de vie face au problème. Les scientifiques prévoient qu’au rythme actuel, si rien ne change, les océans contiendront plus de plastique que de poissons en poids d'ici 2050. La contamination vient de sources inusitées et malgré le système qui semble bien en place, beaucoup de déchets ne se rendent pas où on le pense.

Éducation, sensibilisation : l'importance de travailler en amont

Le recyclage c’est bien, mais ce n’est pas assez. Seulement environs 10% de ce qui est mis au recyclage est réellement recyclé. Il ne faut pas croire que parce qu’on dépose notre déchet dans la corbeille ou au recyclage qu’il termine vraiment au bon endroit. La vraie solution réside dans la réduction de la consommation globale et donc individuelle.  Qu’est-ce qu’UNE bouteille de plastique va changer? Multipliée par 7,7 milliards d’humains, elle est là la différence. Elle réside dans le choix de chaque individu. C’est pourquoi il faut grandement travailler en amont par l’éducation, puisque c’est réellement là où le changement se produit.

C’est en enseignant, en inspirant et en agissant qu’il y a possibilité de bâtir une société consciencieuse et respectueuse de son environnement et de son prochain. On calcule que la population mondiale augmente d’environs 83 millions d’humains par an. À cette vitesse, notre indifférence et notre inaction face aux enjeux environnementaux met en danger notre propre espèce ainsi que tout ce qui nous entoure. Il n’y a pas d’autre planète verte et bleue aussi accueillante que celle sur laquelle on se promène dans l’univers. Il n’y a pas de leçons plus grande à apprendre durant notre passage sur Terre que celle d’arriver à vivre en harmonie avec son voisin et cette nature qui nous soutient. La force réside réellement dans l’union.

C’est pourquoi il faut savoir influencer par nos actions et par nos messages. Chacun d’entre nous peut faire une multitude de petits gestes. S’engager auprès de notre collectivité, participer aux efforts communautaires et voter pour des gouvernements qui proposent de vrais changements de fond face aux changements climatiques, tout ça est d’une absolue nécessité. C’est dans l’action que nous parvenons à faire une différence. Mon expérience au Costa Rica en est un exemple.

Devenir la goutte d'eau qui créera collectivement la vague de changement.

Julie Vigneault

Leader de communauté, environnementaliste, surfeuse

Julie est un exemple inspirant d’un parcours non conventionnel et  incarne une génération nomade qu’elle représente avec brio. Instigatrice et fondatrice de Operation Rich Coast au Costa Rica, Julie une instigatrice de changement et une leader positive dans sa communauté. Les nettoyages de plage sont au coeur de sa démarche. 

Rejoignez le cercle

Joignez-vous à notre liste de diffusion pour recevoir nos nouvelles par courrier électronique, de temps à autre.

Ce site web a été conçu sur un fond sombre pour être plus économe en énergie, en utilisant moins de lumière, tout en vous faisant profiter de notre plate-forme dans un format "chambre noire".
 

Nous espérons que vous l'apprécierez!

Suivez-nous

  • White YouTube Icon
  • White Facebook Icon
  • White Instagram Icon
© 2018 Organisation Bleue
Montréal, QC, Canada